Blackout

Non, pas déjà… dormir encore un peu. Être bien, là, sous la couette, au chaud. De tout manière j'ai mal dormi. Je suis fatigué. Faut que je me repose encore… un tout petit peu.

Je m'assois au bord du lit, l'esprit brumeux, les paupières lourdes. Je baille. Je m'étire. Je me touche le bout des orteils. Tiens, j'ai les pieds secs… L'orchestre du matin s'accorde : il prépare sa grande symphonie pour moteurs, klaxons, cris d'enfants, crissements de pneus, oiseaux, camion poubelle, cloches, motocyclettes, volets, fenêtres, rideaux, écoulements, tout-à-l'égout, radios, cafés, rasoirs électriques et portes qui claquent, en hommage à Russolo. Je me lève en roulant sur le lit, souple. Solliciter le moins possible mes muscles. Soulever le couvercle des chiottes, se poser délicatement en s'appuyant sur les jambes. J'avais la flemme d'aller pisser cette nuit. Bon Dieu que ça soulage. Attendre encore un peu. Tirer la chasse d'eau. Se hisser dans la baignoire, tirer le rideau, prendre la poire de douche. Pas trop chaud. Aller, vite sortir.
J'ai envie de rien. Les jours passent comme les voitures sur l’autoroute. Je cherche, comme un orpailleur dans le désert, une brindille de motivation. Faire les urgences.
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