Trois

Nous ne serons plus deux
Un suffit
Un nécessaire
Un imparfait
J'aurais voulu être trois

Près de l'enfant

Par je
J'entends lui
Tû dans l'ombre
Il nargue ses frères
Au pas des morts
Vapeurs maigres
De traces griffées
Il n'a plus en moi
Le souffle chaud
Qui prend la voix
D'un corps brisé
Je m'enfuis
Vers lui aussi
D'un pied seulement
L'autre dort
Près de l'enfant

Miroir

Sous un abat-jour
Il gisait
Recroquevillé, les genoux dans le nez
Sans espoir, ou si peu
Il tenait dans ses mains
Un morceau de miroir
Miroir rouge d'une âme partie
Dans une flaque sourde
Son cul trempait

Le temps n'aide pas
Les autres non plus
Seul à jamais
Une image restait
Gravée dans le miroir
Qu'une goutte quittait
La dernière sans doute
Mais qui sait ?

À l'heure

si tant est que nous
soyons blancs de cœur
la pluie ne cesse
de tomber à l'heure
le sexe las
des ultimes ardeurs
la limite des espaces
apparaît promptement
et partout, souvenir aidant
les mains frôlent
une dernière épaule
qui d'un châle se couvre
au petit matin frais
d'un départ annoncé
tant de fois ignoré
mais la pluie elle
ne cesse
de tomber à l'heure

Mémoire

Le temps incertain tressaute dans sa chaise à bascule
Et s'en vient mourir près d'un mur.

La mémoire fait alors un trace rouge sur ce mur où
Dégouline les souvenirs disparates d'une non-vie ânonnée.

On ne supporte pas la mémoire de l'autre où nous ne sommes pas
Où d'autres que nous ont laissé des traces.

Neige II

Dans le pays où il neige, nous ne ferons plus de pas dans la neige, légère et fine elle ne collera plus la neige, aux pieds plats qui traînent dans les chemins de neige. N'ais-je pas pris le temps de perdre ma vie au cours d'un défilement subtil de sous-marins absurdes qui défilaient sous l'eau marine des neiges fondues des pays où il neige ?

Œuvre

Il n'y a plus d'œuvre éternelle et universelle
Il n'y a plus que des œuvres temporelles et actuelles
Des œuvres d'aujourd'hui.

Plus

Il n'y aura plus de jours bleus
De jours sans lune, de jours sombres.

Synapse

Une vague idée de plaisir surgit à l'embouchure d'une nerf, remonte le long d'un chemin étroit et vient se loger dans l'encoignure d'un neurone asphyxié par l'air vicié des inimaginables images immatures.
Ne nous méprenons pas sur le sens de l'indicible qui virevolte au grès des préjugés sur le désir d'un être aux ailes écorchées.
L'amour n'entend que l'inouïe murmure d'un songe ancien perdu dans une sphère aux couleurs chaudes. Fut-il perceptible et sauvage. Fut-il docile et absent.
Il ne survivra pas plus que le temps d'un souffle amer posé sur ses lèvres.
Laissant au dedans la trace inachevée d'un infini rabougri, comme une poussière dans l'œil que l'on s'efforce de retirer. N'y aura-t'il donc point de retour à ce chemin cosmogonique qui déverse hoquetant ses larmes noires ?
Le temps recule où avance l'esprit libéré d'une blessure mille fois subie, mille fois refusée. Apaiser la brûlure du vide éternel des âmes solitaires errantes près d'un synapse oublié.

Sac plastique

Âme vidée dans un sac plastique
Qui pourrit lentement près d'un yaourt périmé
Elle s'habille d'une mousse jaune
Comme un pistil de fleur sauvage