L'homme dieu

Je crois en l'Homme
À la société des Hommes
À l'amour des Hommes

Dieu s'est incarné en Homme paraît-il,
Alors croire en l'homme c'est aussi, peut-être, croire en Dieu

Réveil

Dormir dans la salon, sous une masse de couettes et d'édredons. Se sentir prisonnier de la chaleur qui vous entoure et vous serre. Se mouvoir hors de son rêve qui laisse encore couler quelques images dans le présent. Vouloir ouvrir les yeux. Les ouvrir. Apercevoir le plafond blanc où la tendre lumière d'un matin enneigé dessine quelques dégradés blancs qui viennent mourir sur le mur.
Tourner la tête et voir qu'elle dort encore.
Attendre.
Attendre encore.
Attendre que ses paupières frémissent et que, lentement, ses yeux respirent.
Alors, plonger dedans.
Tout vouloir. Puis ne plus rien vouloir.
Puis à nouveau tout.
La vouloir, enfin.

L'attente

Enchevêtré dans sa bêtise, il imposa l'Attente.
L'inattendu déboussole. 
Il s'excusera ; voyager de nouveau au dessus de ses yeux sera son salut. 
Peut-être.

Une souris verte

Une souris grise,
Court sur le bitume.
Fin de l'histoire.

Lancelot

Je me souviens
Des chemins de ronde
Bordures d'un lac imaginaire
Où tu t'étais endormie.

Ars

Bien au-delà des paroles prononcées et des gestes entrepris, la vie suit un cours fluide qui nous ramène à la source des conflits en perte d'identité. Nous ne sommes pourtant pas des ébauches finies qui pâlissons sous un arbre pleureur à la lune de midi. Bien au contraire. Notre sens de l'ordre et du devoir nous choisit par hasard une voie de garage suivie par la cohue des décisions hâtives et furtives qui sillonnent une région dépourvue de bon sens.

Lenteur

Attente, lente
Yeux verts, doigts fins
Sur des sons sans sens

Envoûtement lent
Écrire, non, oui

Se défaire du regard
Et sans tarder, s'attarder

Se nourrir, vivre aussi.

Escargot

Grain de sable en montgolfière,
Escargot en parachute,
Moi, écrasé au sol !

Caverne

Il y a 10 000 ans, on mangeait devant une caverne, un pauvre herbivore cru que l'on avait du mal à dépecer. Aujourd'hui on mange au restaurant des plats standardisés, même si l'on n'a pas faim.

Suicide

Des vies ratées, des vies loupées, des vies gâchées. Des vies sans queue ni tête. Sans tête surtout.
Des vies où la réussite des autres nous amène sans cesse à nous mettre en abîme. N’avoir aucun talent, n’avoir aucun don. Et pourtant. Persévérer ? Continuer ? Des fois on se dit que tout ceci est bien inutile. Par conséquent sa propre vie aussi nous paraît inutile. Suicide. Le mot est dit avec tout son poids, ses conséquences, sa solution.

Destin nacré

Pourquoi de si peu de temps
Nous avons eu, jadis,
Pour essaimer dans la plaine
Les graines d’un destin nacré,
Qui eu satisfait notre ignorance ?
Pour nous sauver, pour nous perdre…

Si proches…

Si peu de choses nous éloignent,
L’un vers l’autre, que
Cet espace qui nous lie,
Défait les liens ténus
D’un instant suspendu
À tes lèvres si proches que
Nous aimer serait
Un voyage infini.

La fleur

Dans un état perpétuel de régression, nous opposons aujourd'hui corps et esprit, dans une grande tradition tragique de lobotomie religieuse. L'esprit nous fait peur, par sa complexité et ses facettes infinies. Le concret et le tangible tiennent alors lieu de refuge. Mais ce corps, qu'il faut respecter et entretenir, n'est que la racine et la tige de la fleur qu'est l'esprit.

Je,nous, vous

Je, nous, vous, clairsemés, habités,
Volubiles et discrets, un mouvement,
Un geste perdu, l’eau qui coule
Dans le dos ; les pieds secs dans le sable
Inouïes mais visibles, des traces,
Des tâches… Finalement seul.

Comprendre

— Vous n'avez pas compris…
— Non, visiblement non. Mais peut-être ne le veux-je pas ?
— Vous ne voulez pas comprendre…
— Non, visiblement non. Mais peut-être ne le puis-je pas ?
— Vous ne pouvez pas comprendre et c'est là l'ultime état de votre esprit nourri à la facilité sous-vide…
— Quelle importance ? Dois-je forcément comprendre ?
— Oui, car sinon vous croirez en des choses incompréhensibles. Et là sera l'ultime état de votre esprit nourri à la croyance déshydratée…
— Mais vous, êtes-vous sûr de votre compréhension ?
— J'attendais cette remarque. Ceux qui ne comprennent pas tentent, dans un ultime état de leur esprit graisseux, de mettre en doute la compréhension de l'autre. Vous avez visiblement peur de votre incompréhension. Vous prenez conscience de la faiblesse de votre esprit nourri de futile et vous vous débattez, comme un agonisant qui ne veut pas voir son amie la Mort lui apporter son ultime cadeau. Vous êtes dans le brouillard et votre esprit, nourri de directions inutiles, est perdue. Vous essayer une ultime parade…
— Vous ne m'avez pourtant pas répondu !
— La compréhension n'est jamais totale, définitive. L'important est de comprendre à chaque étape, chaque fois que des informations ou des événements se présentent et renouvellent de fait cette compréhension. Dans cet état, je ne peux être sûr de ma compréhension que jusqu'à l'apparition de nouveaux éléments. J'en déduis que votre question, malheureusement, n'a pas de sens.